Des venins guérisseurs

Depuis des millénaires, l’homme utilise ce que la nature veut bien lui offrir dans le but de soigner et guérir. Principales pourvoyeuses de remèdes, les plantes : acide acétylsalicylique (aspirine), morphine et tant d’autres molécules sont issues du règne végétal. Cependant, ces dernières décénies, la recherche pharmacologique a quelque peu délaissé la nature pour la chimie de synthèse, c’est-à-dire la fabrication de molécules en laboratoire. Or, on voit que ces dernières années, l’industrie peine à sortir de nouveaux remèdes réellement révolutionnaires. Il faut donc trouver d’autres voies d’investigation. C’est pourquoi, la pharmacologie se tourne de plus en plus vers le règne animal et principalement vers les venins dont le potentiel curatif est plein de promesses. Car les venins sont composés de dizaines, voire centaines de molécules actives et toutes ne sont pas toxiques. D’ailleurs, une molécule toxique à une certaine dose pourrait se révéler thérapeutique à une autre. Et le champ d’investigation est très vaste : environ 170000 espèces venimeuses ont été recensées sur la planète. Cela pourrait constituer plusieurs dizaines de millions de molécules à étudier. La tâche est colossale car pour l’heure, seuls quelques médicaments à base de toxines animales existent sur le marché. Citons l’exénatide (Byduréon, antidiabétique) issu de la salive d’un lézard ou le ziconotide (Prialt, antidouleur) tiré du venin d’un escargot marin. Car utiliser une molécule issue d’un venin dans une but thérapeutique n’est pas une mince affaire : il faut récolter le venin tout d’abord, et les quantités produites par l’animal sont souvent faibles. Ensuite, toutes les molécules ne peuvent pas être resynthétisées à grande échelle en laboratoire : la plupart sont trop grosses et trop instables pour de la synthèse chimique. Enfin, ces molécules sont souvent sensibles aux sucs gastriques et ne peuvent donc pas être administrés par voie orale. Les formes injectables sont donc souvent privilégiées. Pourtant, les progrès scientifiques font qu’aujourd’hui, tous ces obstacles sont en train de tomber car de nouvelles techniques de synthèse voient le jour. Avec à la clé, ces prochaines années, un potentiel réel de nouveaux remèdes thérapeutiques. A titre d’exemples, le venin (mortel) d’une espèce de vipère pourrait avoir une action contre la maladie d’Alzheimer. Celui d’une fourmi africaine contient des molécules détruisant les cellules cancéreuses tout en préservant les cellules saines. Enfin, une toxine issue d’un scorpion d’Asie limite, semble-t-il, le développement du Parkinson. Plus proche de chez nous, du venin d’abeille pourrait agir contre une bactérie impliquée dans l’acné.

De belles promesses pour l’avenir…

Bonne fin de semaine

Did

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